8 mars

8 mars 1998

Lettre ouverte d’un croyant aux femmes

La Parole de Dieu s’est fait chair. La première chair à recevoir la Parole de Dieu est femme. Ensemble, elles ont fait corps-à-corps. L’Église, masculine dans sa magistrature, a manifesté historiquement une suspicion par rapport au corps, aux sens, à la femme. Alors, je dis qu’indirectement l’Église s’est aussi éloignée du Fils de Dieu lui-même fait chair et que sa survie passera inéluctablement par son ouverture à la femme.

 Imaginez que l’on inverse les choses en acceptant seulement des hommes mariés comme prêtres. Ne voyez-vous pas des drames poindrent à l’horizon chez certains couples alimentés par des hommes ayant courtisé leur dame seulement pour accéder à une fonction religieuse qu’ils envient. De grandes frustrations affectives surgiraient de pareilles situations provoquant éventuellement son lot de déviations sexuelles. Et bien, je dis que l’obligation du célibat pour les prêtres conduit au même cul-de-sac affectif… sauf si ce dernier a réussi à intégrer la dimension charnelle de sa personne à son ministère, cette dimension de sa foi charnelle – la Parole de Dieu s’est fait chair. Force est de constater que l’Église masculine a donné une structure hiérarchique du haut vers le bas au lieu d’une structure de communautés de base, elle s’est préoccupée des questions de morale au lieu des questions pastorales d’accompagnement et elle a développé une liturgie de la Parole proclamée par une personne au lieu d’une liturgie de la Parole partagée entre tous. Comme homme, je ne suis pas en train de mépriser ma propre identité. Seulement, comme homme profondément croyant, je ressens l’urgence de m’ouvrir à l’expression féminine de ma foi pour m’épanouir pleinement.

 Étrangement, j’ai dû guérir dans le passé d’une dépendance affective envers la femme pour me sentir tout à fait libre d’être pleinement homme et de désirer une présence féminine complémentaire et non pas plénière. Je me rappelle les poèmes de mon adolescence qui marquaient ma blessure affective d’un grand F à chaque fois que je nommais la femme. Mon expérience et mes connaissances affirment qu’un homme réduisant la femme à sa dimension merveilleuse mais partielle de sa maternité ne peut épanouir sa propre identité sexuelle masculine. La rencontre de l’autre sexe dans toutes ses dimensions – charnelle comprise – est un terreau nécessaire à la croissance psychique de la majorité des hommes. Je dis majorité parce que je pense que certains hommes vivent, intègrent, illuminent leur propre identité masculine dans cette rencontre de la femme sans vivre l’union charnelle.   Mais, ici, je parle d’exceptions, d’appels intimes, de vocations au célibat intégré jusque dans les racines de l’être. Ce que j’attaque, c’est le célibat institutionnalisé.

 Sans tomber dans la polémique des stéréotypes sexistes, on peut tous admettre que la manière masculine de vivre comporte des différences fondamentales d’avec la manière féminine. Dans un cours de formation personnelle et sociale en secondaire cinq, portant sur la sexualité, je demande à mes élèves s’il y a une manière d’être liée à la condition féminine qui amène l’adolescente à appréhender l’acte sexuel différemment de l’adolescent ? Les filles de cet âge comprennent clairement mon message, car elles ont eu à refuser plus souvent les avances de la libido masculine que l’inverse. Invariablement, les filles précisent que leur propre corps leur envoie un même message de responsabilisation sexuelle depuis la puberté. Cette réalité sculpte une psychologie sexuelle différente des garçons, une maturité psychosexuelle des filles en avance sur les garçons à l’adolescence. Ceci est un des éléments qui freine ou du moins encadre rationnellement la libido féminine. Aussi, il y a le cycle de production d’oestrogènes en montagnes russes qui est tout à fait différent du cycle de production de testostérones beaucoup plus linéaire qui nous façonne distinctement. Le défi charnel se situe peut-être là ? Rencontrer l’autre, chercher un terrain commun, une jouissance partagée dans l’harmonie de nos cycles hormonaux complexes et complémentaires.  On pourrait développer le même défi au plan de la rencontre de nos personnalités, de nos valeurs, de nos idéaux, de nos cheminements spirituels… et de nos blessures personnelles. Parce que, je reconnais qu’indépendamment de nos machines à hormones, hommes et femmes nous associons à notre sexualité des désirs de tendresse, de fusion, de manipulation, de pouvoir, etc..

 Le Verbe s’est fait chair. Les premiers chrétiens y voyaient une parole-action, un mouvement. Aussitôt entendue, la parole agit au cœur du croyant. Le Je t’aime de Jésus suscite, appelle chez le croyant un sentiment de bien-être qui le touche tendrement jusqu’à l’estime de soi… Il y a une manière féminine de vivre sa foi différente d’une manière masculine. Peut-être avons-nous un cycle de production d’hormones spirituelles en contrepartie linéaire chez la femme? Ce n’est qu’une boutade pour éveiller la réflexion… Ce que je sais, ce que j’intuitionne, c’est que la femme conserve plus longtemps que l’homme la Parole de Dieu au sein de son être, laisse plus facilement descendre la portée de la Parole de Dieu au coeur de son expérience, au creux de son senti que l’homme. Je pense qu’elle possède déjà cet espace en elle pour recevoir la semence de la Parole de Dieu, ce temps nécessaire pour que mûrisse une plantule spirituelle. Notre premier réflexe d’homme me semble plus cérébral et plus actif.  Par contre, je crois qu’une spiritualité, comme le Nouvel Âge, qui essaie de redonner une place salutaire mais disproportionnée au vécu viscéral individuel et à l’intuition personnelle entraîne à son tour un déséquilibre que j’identifie comme une égo-spiritualité. D’un autre côté, une spiritualité, comme celle inscrite dans les structures de l’Église Catholique, qui néglige cette spiritualité de l’utérus a donné trop d’hommes portés par leurs propres discours désincarnés et au prise avec leurs propres désirs sexuels refoulés.  Je crois que le célibat imposé par une structure religieuse prédispose à une mésadaptation affective qui se manifeste chez l’homme par une fuite dans le pouvoir religieux temporel qui cherche à dompter ses propres fantasmes menaçants.

Je laisse aux femmes le soin de définir pour elles-mêmes leurs propres pièges du célibat institutionnel et de communiquer aux hommes comment elles intègrent la virilité, l’image du père dans leur propre identité féminine. Au risque de diriger la réflexion, je dirais que la plus grande mésadaptation affective que je rencontre chez les femmes vivant un célibat institutionnalisé est la soumission… 

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