TÉMOIGNAGE

 

TÉMOIGNAGE PERSONNEL…
sur le chemin le moins fréquenté

INTRODUCTION

« La vie est difficile ». Le livre de Scott Peck Le chemin le moins fréquenté[i] commence par cette petite phrase. À l’été 89, j’avais besoin de lire, d’assimiler cette vérité. Faisant partie du club des nombreux employés précaires de notre société, je me retrouvais encore sans contrat de travail à la fin de cette année scolaire.

Par expérience, je classe l’essai de Scoot Peck dans les écrits aidants, comme un ami qui livre ses réflexions sur l’amour, sur la vie et qui, parce qu’étant lui-même en contact avec son humanité, nous rejoint profondément. C’est Pierre Vadeboncoeur[ii] qui nous parlait de la «nécessité d’avoir au-dessus de soi un signe souverain qui nous garde dans un état d’humilité salutaire ». Pour Peck, le spirituel prend la forme d’une croissance psychologique faisant appel au dépassement de soi pour rencontrer l’autre. Nécessaire croissance passant par une discipline personnelle face aux joies de la vie, en regard de nos responsabilités et en relation avec l’authenticité d’être.

Mon rêve est d’écrire un livre aidant. Peut-être parce que moi-même je suis reconnaissant à ces multiples auteurs qui ont jalonné mon itinéraire psychologique et spirituel. Mon livre n’a d’originale que la synthèse et l’application d’idées d’autres auteurs dans ma vie personnelle. Tellement, que j’espère que ceux-ci n’y verront pas du plagiat, mais un hommage à leur créativité et un désir de rendre accessible leurs richesses.

Mon intention est certes de parler de mon cheminement personnel, mais seulement pour essayer d’y puiser des correspondances qui m’apparaissent universelles, du moins, pour être plus humble, comparables au vécu de mes contemporains de ma culture nord-américaine. Je suis trop conscient de nos individualités, des méandres de nos cheminements personnels, de la multitude des teintes de nos émotions et de la diversité de nos valeurs intimes pour prétendre que mes propres conclusions existentielles devraient être le barème universel de nos pensées, sentiments et actions humaines.

Mon approche se veut concrète en essayant d’empoigner, en essayant d’identifier des prises pour sortir d’une détresse mentale ou de surmonter une dépendance affective. Personnellement, je parlerai des moyens pour me tenir à flots à travers mon expérience de séparation de couple à l’été 1996. Après que ma compagne m’annonça que sa recherche d’identité personnelle l’amenait à rompre notre union. Une image m’est venue lorsque je me sentais emporter par des sentiments intenses et par des événements troublants : un tourbillon d’eau, un remous. Je nageais avec peine et, comme je ressentais de plus en plus la menace des flots, je cherchais une bouée pour me sortir de cette situation périlleuse.

J’ai ouvert les yeux pour bien voir les bouées disponibles sur mon chemin. Voici celles qui m’ont aidé et les réflexions que mon expérience de sauvetage a suscitées. Je préciserai ces différentes aides salutaires : être attentif aux rêves aidants, rechercher les amis aidants, rencontrer un professionnel de la relation d’aide, méditer des livres aidants, se connecter à son corps et à la nature et pardonner de tout son coeur. J’ajouterai, dans mon cas, écrire ce témoignage…

 

PREMIÈRE PARTIE

1

Être attentif aux rêves aidants

Rêves et conscience

Je cours à la suite d’une belle femme blonde. Nous poursuivons une longue course. Puis, elle se retourne en faisant tournoyer sa longue chevelure. Je reste figé par son visage en forme de tête de mort.

 

(Avant l’été 1996)

Je suis marié, heureux en couple et père de trois enfants. Depuis quelques temps, je multiplie les contacts avec une connaissance féminine pour des questions professionnelles. Je me sens tout à fait à l’aise dans cette relation fonctionnelle. Je partage à ma compagne que c’est le genre de femme qui m’attirerait si j’étais célibataire. Mes rencontres avec cette femme ne dépassent jamais le cadre du travail, mais je suis surpris par certains fantasmes érotiques en sa présence et lors de mon sommeil. Bien que j’y retrouve un certain plaisir, je ne suis pas à l’aise d’entretenir ces pensées volages et j’en parle à ma compagne.

Vous devinez le lien direct entre le rêve plus haut et mon expérience. Je veux témoigner des rêves aidants que j’ai faits, des appels de mon inconscient à la lumière, à la vérité, à la croissance humaine et, dans mon cas, à la croissance spirituelle. Ce rêve me dit clairement que la belle femme que je poursuis me mènera à la mort, à une certaine mort. Sûrement à la mort de mon couple. Ce rêve porte une morale, un code de vie. Ne pas l’écouter entraînera des conséquences par elles-mêmes. Non pas une punition venant d’un juge lointain, mais une suite négative découlant naturellement de mes décisions personnelles. J’ai le goût de dire qu’il y a une dimension incontournable de combativité dans toute décision morale. Il existe un plaisir de l’instant facile qui, à l’image des cartes de crédit, redemande brusquement que l’on paye avec beaucoup d’intérêts. La fidélité conjugale, la persévérance dans l’éducation de nos enfants, un projet de vie professionnel intègre génèrent certes son capital de bonheur, mais au prix d’une base commune : l’engagement. Cet engagement ne se nourrit pas toujours de plaisirs immédiats : les hauts et les bas inévitables de la vie commune, un adolescent difficile ou une carrière cahoteuse peuvent en décourager plus d’un. Alors, la conscience doit prendre la relève ; des valeurs personnelles doivent jouer leurs rôles de réservoir de réserve pour poursuivre notre droit chemin.

Je crois que nos rêves peuvent prendre la relève, à leur tour, de notre conscience lorsque nous restons sourds à ses conseils. Au-delà de notre éducation, de nos différentes cultures, nous reconnaissons la portion malveillante de certains de nos gestes, de certaines de nos pensées. Parfois nous ne tenons pas compte d’un premier auto-jugement qui condamne l’intrus. Alors commence un efficace système de justification… que tout parent connaît par cœur : « Il a commencé le premier» . Est-on aussi habile à reconnaître nos propres justifications ? Alors, un rêve peut nous donner comme une seconde chance de se réveiller…

 

Rêves et croissance personnelle

Je vois ma compagne s’éloigner de la rive sur un radeau. Il n’y a qu’un jet de pierre qui nous sépare. Plus tard, son radeau est minuscule à l’horizon. Encore plus tard, l’horizon est vide.

 

(Juillet 1996)

Ce rêve si situe dans le contexte où ma compagne de vie depuis 19 ans m’annonce qu’elle me quitte pour retrouver son identité personnelle. Un peu avant, j’ai dit que j’étais heureux en couple et c’est vrai. Cependant, surtout dans les cinq dernières années, ma compagne n’était pas bien avec elle-même. Fin juin 1996, elle m’annonça son départ en m’assurant que je n’étais pas en cause. J’ai vécu une attente de trois mois dans laquelle j’ai cru sincèrement qu’elle reviendrait après avoir débroussaillé son sentier personnel. Je me disais que notre relation survivrait à sa recherche personnelle. À l’instar de Scott Peck[iv], j’ai l’impression d’avoir été assisté dans ma démarche de séparation.

« Il y a quinze ans, lorsque j’ai terminé mes études en médecine, j’étais certain que les miracles n’existaient pas. Aujourd’hui, je suis certain qu’ils abondent. Ce changement est le résultat de deux facteurs qui sont liés. L’un est un ensemble d’expériences que j’ai eue dans ma pratique de la psychiatrie et qui paraissaient initialement assez courantes mais qui, lorsque je me suis penché dessus avec plus d’attention, semblaient indiquer que mon travail avec les patients était remarquablement assisté, d’une façon qui n’avait aucune explication logique, c’est-à-dire de manière miraculeuse. Ces expériences – j’en raconterai certaines – ébranlaient ma certitude que les miracles n’existaient pas. »

 

En fait, le rêve du radeau s’est déroulé sur trois mois. Il a été ponctué par d’autres rêves qui m’ont aidé à la manière d’un excellent thérapeute. Je précise, tout de suite, que c’est la première fois que je vis une période de rêves salutaires d’une manière aussi condensée. Il faut croire que ma profonde détresse a demandé pareil support. Progressivement, ce rêve me disait d’accepter le choix de ma compagne (radeau près de la rive mais détaché de moi), de la laisser partir dans son aventure personnelle (radeau à l’horizon) et, finalement, de ne plus espérer son retour (radeau hors de portée de vue). À chaque fois, je faisais un pas sur le chemin de mon autonomie affective.

(Milieu août)

Voici un autre rêve que j’ai vécu au cœur du départ douloureux de ma compagne de vie.

Je regarde ma compagne par la fenêtre. Elle est dans une maison de repos. Elle se berce. Progressivement, je me vois la regarder. En fait, je vois mon visage tout près de la fenêtre. Plutôt, ma joue est littéralement collée à la fenêtre. Maintenant, je me vois d’un point de vue plus large. Mon corps est tout d’un bout collée à cette fenêtre… qui se situe à un étage très haut d’un immeuble de santé. J’observe de l’agitation. L’alarme de feu retentit. Je vois plusieurs personnes s’affoler dans tous les sens. À ce moment, je sais que le seul moyen de ne pas être emporté par le feu est de me décoller de cette fenêtre. Par contre, en me décollant, je tombe dans le néant… Mais, au plus profond de mon âme, je sens que c’est un choix vital pour vivre.

 

Ce rêve m’a soutenu dans mon processus de séparation. J’ai l’impression d’avoir passé trois mois à me décoller de cette fenêtre. En plus de vivre les sentiments difficiles liés à la séparation d’une personne aimée, j’interprétais une dépendance affective dans le fait d’être collé à la fenêtre. Regarder l’autre par la fenêtre est une chose, être collée de tout son corps en est une autre. Ici, je me rappelle l’émotion de stupéfaction de me voir, en plan plus général, collé de tout mon corps à cette fenêtre d’un étage supérieur. Dans mon rêve, je trouvais normal un certain niveau d’inquiétude par rapport au cheminement de ma compagne, mais ce sentiment était plutôt transformé en une angoisse profonde… comme un enfant abandonné par ses parents. Alors, bien éveillé cette fois-ci, j’ai cru reconnaître une blessure d’abandon non guérie suite au décès de mon père lorsque j’étais encore un poupon.

 

2

Amitié aidante et relation d’aide professionnelle 

(Fin août et septembre)

Telle un psychologue averti, la personne aidante ne me tend pas la main pour me sortir de ma situation difficile par sa force à elle. Elle me parle, me pose des questions, reflète mes idées et émotions, m’aide à clarifier les méandres de mon tourbillon intérieur et m’aide à affermir ma colonne vertébrale mentale pour que je puisse dire moi-même NON aux flots qui m’entourent. Idéalement, l’approche des personnes aidantes devrait passer par mon corps, mes pensées, mes émotions et par ma quête de sens à la vie humaine. Je parle de plusieurs personnes aidantes, car il est très difficile de rencontrer dans l’amitié ou dans une relation d’aide professionnelle quelqu’un qui me rejoigne à la fois au niveau corporel, émotif, intellectuel et spirituel. Aussi, je peux avoir besoin d’une aide professionnelle seulement en ce qui concerne une dimension de mon être. Personnellement, j’ai demandé à ma compagne, qui avait amorcé silencieusement depuis plusieurs mois son processus de séparation, de m’accompagner chez une psychologue pour que je puisse me situer dans son nouveau discours, pour essayer de faire la part des choses entre sa recherche d’identité et mes émotions confuses. Par respect pour mon besoin, elle a accepté. Quelques rencontres axées sur la clarification de nos cheminements respectifs furent cruciales pour moi. La dernière rencontre eut lieu le 21 septembre ; j’avais fixé cette date pour tourner définitivement la page et me sentir libre de mes engagements envers elle. Non, je n’étais pas capable d’en arriver au même résultat seul face à elle. Comme une séparation comporte évidemment sa part d’histoire personnelle silencieuse chargée d’une gamme étendue d’émotions qui peuvent interférer un dialogue sain, je crois que nous avions besoin d’une personne neutre pour en faciliter la communication.

Aussi, sur un plan plus personnel, j’ai poursuivi une riche amitié avec un complice qui m’a accueilli dans mes moments de cafard. Ainsi, j’ai profité de l’aspect plus technique d’une ressource humaine par l’entremise de la psychologue et d’une aide intime dans l’amitié. Mon ami m’a simplement écouté, a accueilli mes émotions, m’a encouragé à poursuivre ma démarche de croissance. À ce sujet, moi-même comme intervenant en prévention du suicide auprès des adolescents, j’ai appris l’importance d’un confident non professionnel dans le processus de reprise du contrôle de sa vie. De là, toute l’importance accordée à l’entraide par les pairs développée par nombres d’organismes sociaux. Bien que je ne me suis pas joins à un groupe d’entraide pour les personnes en processus de séparation, j’étais ouvert à pareille expérience. Peut-être que ce besoin s’est moins manifesté dans mon cas étant donné la disponibilité de mon ami.

L’objectif que je poursuis par mon livre est moins de proposer un modèle de cheminement personnel unique que d’appuyer un principe universel salutaire : l’ouverture à l’aide. Je me rappelle d’un été passé dans un contexte de maison d’accueil pour des personnes relevant le défi de la maladie mentale où la priorité  ciblée était clairement de briser l’isolement de la personne en créant un réseau d’entraide. La solitude étant, selon les responsables de cette ressource, la nourriture de la maladie mentale. Dans son livre S’entraider[v], Jacques Limoges reconnaît l’apport important de ces réseaux d’entraide en structurant tout un programme d’amélioration de la relation d’aide. Le prochain long extrait veut vous encourager à joindre un tel groupe et il met en garde contre le piège « autonomiste », s’en sortir par soi-même.

Prenons un cas type. Un alcoolique était aux prises avec l’alcool depuis des années. Il lui sacrifiait famille, fortune et santé. Les autonomistes diraient de lui qu’il n’était que dépendance !
Un jour, cet alcoolique assiste à une séance des A.A. Désireux de s’en sortir, il accepte ensuite l’aide d’un parrain, un ex-alcoolique, et va maintenant régulièrement aux séances des A.A. Depuis, il maintient sa sobriété. Les autonomistes seront forcés d’admettre que selon leur critère cette personne a échangé une dépendance pour une autre, et que c’est du pareil au même. Mais, en se référent aux cinq qualités de la personne optimalisée, l’analyse et le jugement sont fort différents.
Devenir, membre des A.A. est une solution plus optimalisante parce que, entre autres choses :
– elle assure plus d’efficacité. Avant, à cause de l’alcool, sa pensée et sa locomotion étaient affectées. Maintenant, il les possède pleinement ;
– avant, chaque cuite lui valait une nuit de remords. Maintenant, sa séance des A.A. est comparable à la partie de tennis de son voisin, et après il ressent un peu plus son harmonisation interne ;
– avant, ses attitudes grognonnes, ses comportements bizarres et son apparence malpropre faisaient fuir les gens. Maintenant, il a un réseau de relations maintenu par les A.A. De plus, sa cure le rend plus agréable. Il est même admiré dans sa réhabilitation, ce qui lui attire de bonnes relations ;
– enfin, particulièrement en ce qui a trait aux A.A, il accepte la transcendance d’un Être supérieur qu’il avait vainement recherché dans les vapeurs d’alcool.
À mon avis, seule une grille multidimensionnelle comme celle dégagée par Coan peut permettre d’évaluer une prise en charge. Cette grille permet de savoir, lorsqu’une personne se rattache à un groupe d’entraide, si cette action suit la ligne optimalisante de son être. Elle permet de constater qu’établir des réseaux de soutien et d’entraide est le propre de tout être vivant, car on se sauve en groupe.»

Je pense que d’autres personnes dites fortes dans notre société flirtent avec la maladie mentale en adoptant cette attitude volontaire générant aussi de la solitude : la poursuite autonomiste de l’individu. Il y a comme un aura de sainteté moderne sur celui qui a réussi seul sa vie. Personnellement, je dirai qu’il prétend l’avoir réussi seul. Premièrement, parle-t-il de sa vie professionnelle, amoureuse, humaine en générale ? Combien de personnes aidantes ignore-t-il pour affirmer cette absurdité ? S’est-il conçu lui-même ? Éduqué seul ? Nourri seul ? Combien d’enseignants et enseignantes l’ont-il formé ? Combien de penseurs l’ont-il guidé ? Combien d’amis l’ont-il encouragé ? Etc.. Je ne me souviens plus quel psychologue avait discerner certains dénominateurs communs chez des personnes qu’il identifiait comme matures. La capacité d’être reconnaissant figurait dans sa liste.

 

3

Méditer des livres aidants

D’autres personnes peuvent nous aider par l’entremise de leurs écrits. Soit des professionnels de la relation d’aide ou simplement des témoignages de gens ordinaires partageant leurs expériences. À cet effet, j’introduis un autre auteur tout en racontant ma démarche pour me prendre en main.

Toujours pendant l’été 1996, je me souviens comment je me suis traîné les pieds pour aller m’inscrire à des séances de conditionnement physique. Une force d’inertie compliquait ma démarche. Rétrospectivement, je peux dire que mes connaissances sur l’importance de prendre soin de son corps pour être bien dans sa peau, doublées du témoignage d’un ami qui avait passé à l’action m’ont donné le petit coup de main qui me manquait personnellement. Puis, comme une boule que l’on pousse, le plus grand effort fut donné pour la première poussée. Par la suite, encouragé par un premier bienfait, un premier sentiment de bien-être, j’ai poursuivi par moi-même les entraînements. Bien sûr que d’autres efforts furent nécessaires, mais je considère le premier pas comme le plus exigeant. L’ingrédient essentiel est de vivre une dimension de succès, de plaisir dans le comportement adopté pour s’en sortir. Je me donne des chances de passer à l’action si je relie le comportement aidant – le conditionnement physique par exemple – à l’amitié ou à un autre bienfait. Aussi, la prudence s’impose : il me faut choisir des nouveaux comportements à ma portée, réalistes. Par exemple, dans mon cas, il n’aurait pas été sage de choisir de faire cinquante kilomètres de bicyclette par jour. Il me fallait choisir un entraînement progressif à la portée de tout le monde. Par contre, en répondant à un besoin d’aimer et d’être aimé dans l’amitié en même temps que je me fixais des objectifs d’entraînements physiques, je mettais plus de chances de mon côté de réussir.

 

William Glasser

Mon expérience colle parfaitement à La théorie du contrôle développée par William Glasser, ce psychiatre reconnu mondialement par La thérapie par le réel[vi]. Concrètement, mon goût d’être en forme physiquement et la connaissance de l’importance d’un corps sain n’étaient pas suffisant pour que je passe à l’action. J’ai réussi mes essais de prise en charge de mon corps à travers l’amitié. Ce même auteur aborde dans son livre États d’esprit[vii], l’importance du sentiment d’appartenance qui est comblé dans l’amitié et son effet thérapeutique.

« La première étape de la thérapie de la réalité est de se faire un ami. Je crois que toute personne qui consulte un thérapeute qui utilise la thérapie de la réalité devrait se sentir en présence d’une personne chaleureuse et intéressée qui cherche désespérément à l’aider avec tous les moyens dont elle dispose.(…)

Lorsque je les sens prêts, nous regardons ensemble le tableau et nous discutons du fait qu’un accroissement du sentiment d’appartenance, aussi minime soit-il, entraîne une réduction de l’erreur totale et du signal d’erreur totale. »

L’auteur parle du signal de l’erreur totale qui englobait, dans mon cas, le départ de ma conjointe. Les rencontres avec mon ami comblaient une partie de mon besoin d’appartenance et une partie de mon besoin d’être aimé. Ce bienfait ne changeait rien au fait que ma compagne m’avait quitté. Cependant, ces instants de répit, de calme dans ma tempête intérieure, me redonnaient assez de souffle pour que j’envisage d’utiliser de meilleurs comportements que celui de déprimer.

Grande révélation pour moi ! Quand sera-t-il de vous chers lecteurs et lectrices ? William Glasser enseigne que « même la dépression est un choix personnel ». Cette découverte m’a grandement aidé à poursuivre mon chemin. Dans son livre Vivre ensemble[viii], il applique La théorie du contrôle aux relations amoureuses :

« Même si la plupart d’entre nous n’y pensent pas, tout ce que nous faisons, de la naissance à la mort, est affaire de comportement. Et, dans l’ensemble, notre comportement représente toujours la meilleure tentative que nous puissions faire pour nous rapprocher des images que nous désirons le plus dans la vie.

(…)
Notre comportement provient, dans sa globalité, de la différence entre ce que nous désirons, à un moment précis, ce qui représente une ou plusieurs images de notre monde de qualité, et ce que nous avons effectivement, c’est-à-dire ce qui se passe dans le monde réel. Par exemple, il y a de fortes chances que vous lisiez ce livre parce qu’il y a dans votre monde de qualité une image d’une relation amoureuse plus satisfaisante que celle que vous vivez à l’heure actuelle. Poussé par cette différence entre ce que vous désirez et ce que vous avez, vous espérez que ce livre sera une source d’information utile qui vous aidera à vous rapprocher de la relation désirée. En lisant ce livre et en y réfléchissant, vous agissez sur le monde réel pour essayer de rapprocher ce que vous avez dans ce monde de ce que vous voulez.

Bien que vous lisiez ce livre dans l’espoir d’y trouver ce qu’il faut pour améliorer votre relation amoureuse, ce n’est pas la seule chose que vous auriez pu faire. Vous auriez pu choisir de vous saouler, un choix fort répandu chez les gens qui cherchent un soulagement rapide de la douleur causée par une mauvaise relation de couple. Vous auriez pu choisir de discuter, de vous battre, ou d’abandonner: ce sont des choix fort courants. Bien que n’ayant pas conscience qu’il s’agit là d’un choix, vous auriez pu choisir la douleur physique, comme des maux de têtes chroniques. Bref, la liste n’a pas de fin. Je ne mentionne que ces quelques choix de comportements pour montrer que, pour la même situation insatisfaisante, on peut choisir beaucoup de comportements différents, la plupart douloureux, pour tenter d’améliorer les choses.

Ainsi, la théorie du contrôle enseigne-t-elle quelque chose dont la plupart d’entre vous êtes conscients jusqu’à un certain point: quand on est confronté dans sa vie à une situation insatisfaisante, on doit agir pour essayer de l’améliorer. On ne peut ignorer cette situation; il faut faire quelque chose. Dans certains cas, on peut ne pas être conscient de ce qu’on choisit de faire. Dans bien d’autres cas, on n’a même pas conscience qu’il s’agit d’un choix.

(…)
Par exemple, si vous étreignez et embrassez un être aimé, l’activité c’est cette étreinte et ce baiser. En vous y livrant, vous pensez que vous adorez faire cela et vos pensées peuvent vous entraîner vers une activité encore plus satisfaisante. Et pendant tout ce temps-là, vous vous sentez très bien et vous pourrez même vous sentir encore mieux à mesure que ce comportement s’intensifiera. Pendant que tout ceci a lieu, vos pulsations cardiaques et le rythme de vos respirations peuvent s’accélérer et vous pouvez involontairement soupirer de plaisir: il s’agit là de la physiologie symptomatique de ce type de comportement global.

Si vous réfléchissez à l’étreinte et au baiser, et aussi à ma théorie selon laquelle nous choisissons tous nos comportements globaux, vous pourrez peut-être objecter que vous ne décidez pas délibérément de soupirer ni d’accélérer votre rythme cardiaque ou votre respiration ni même encore de ressentir ce que vous ressentez. Ces choses se passent, tout simplement, tandis que vous étreignez et embrassez votre partenaire. Vous avez raison. La seule chose que vous choisissez vraiment, c’est l’étreinte et le baiser, autrement dit l’agir, et aussi, le penser, penser que c’est fort agréable. Mais pourriez-vous vivre cette accélération de vos pulsations cardiaques et ce plaisir intense si vous n’aviez pas choisi d’étreindre et d’embrasser votre partenaire et de penser à des choses sensuelles à son sujet? Certainement pas. Nous maîtrisons et choisissons rarement nos sentiments ou notre physiologie, mais nous maîtrisons ou choisissons toujours nos actions et nos pensées conscientes. C’est pourquoi nous avons toujours de quelque façon le contrôle de notre vie.
(…)
Quand on vit une mauvaise relation de couple et qu’on se pense déprimé ou souffrant de dépression, on a tendance à se sentir sans défense, comme si cela nous tombait dessus de l’extérieur; on se met donc en quête de quelqu’un qui viendra soulager notre peine ou d’une drogue à effet d’accoutumance comme l’alcool pour la faire disparaître momentanément.
(…)
Si au contraire on se dit « Je choisis de déprimer », on est presque forcé de penser à faire l’effort d’un meilleur choix, un choix plus actif que de simplement rester là à ruminer en attendant que quelqu’un ou quelque chose vienne à la rescousse. »

William Glasser m’a aidé à comprendre mon choix inconscient de déprimer. Cette compréhension m’a donné plus de force pour essayer d’autres comportements plus efficaces pour changer ma situation, pour transformer ma vie.

 

Judith Viorst

La prochaine auteure, toujours dans le sens de se nourrir d’auteurs aidants, a su me mettre face à une dimension difficile de la vie humaine qui peut devenir un tremplin à un mieux-être lorsque reconnu et accepté : les renoncements nécessaires à la croissance. Judith Viorst, psychothérapeute, nous lance, dans son livre Les renoncements nécessaires (Tout ce qu’il faut abandonner en route pour devenir adulte)[ix], le défi de surmonter cette tâche qui nous incombe à tous. Voici le dos de la jaquette de son livre :

« Notre vie, dès le premier instant, est tissé d’arrachements successifs, de deuils, de pertes et de renoncements. Judith Viorst, avec esprit, courage et lucidité, retrace pour nous le long chemin qui va de cette première séparation d’avec la mère à l’ultime séparation d’avec la vie.

Elle nous mène sur la route et insensiblement, éveille en nous un certain désir de sagesse, ouvre en nous cette porte parfois entrebâillée, parfois close, qui conduit à l’acceptation sereine de tous ces deuils.

Ainsi qu’elle le dit: « Il y a quantité de choses auxquelles il nous faut renoncer pour devenir adulte. On ne peut aimer profondément sans devenir vulnérable à la perte de l’objet aimé et on ne peut devenir un être responsable, conscient, relié aux autres, sans passer par les moments de renoncements, de deuils, de lâcher-prise.
Il nous faut affronter la perte des illusions, de la jeunesse, le départ ou la mort de ceux que nous aimons, leur abandon ou leur rejet. La perte de la vie, enfin, qui nous surprend, nous révolte, nous trouve prêt ou nous fait, à l’instant ultime, grandir encore.

Un très beau livre qui synthétise de façon vivante et accessible, non doctrinale, la théorie psychanalytique; livre personnel, nourri d’expériences et de références littéraires, qu’on n’oublie pas, une fois tournée la dernière page. »

La lecture du livre de Judith Viorst a soulevé en moi une énergie de dépassement pour accepter d’abandonner une condition connue (ma vie de couple avec ma compagne) pour une situation nouvelle, encore à découvrir.

 

Gail Sheehy

Finalement, une autre auteure sur mon chemin met en perspective une autre réalité commune mais qui se vit, évidemment, selon différentes intensités. Nous passons tous par des passages, des crises prévisibles. Nous sommes plus familiers d’entendre parler de la «crise d’adolescence», mais qu’en est-il de l’âge adulte ? Gail Sheehy, dans son livre Les passages de la vie (Les crises prévisibles de l’âge adulte)[x], élabore sur ces différents passages.

« À l’approche de la trentaine, nous avons le sentiment d’être étouffés par la continuité des activités dans lesquelles nous nous sommes engagés à vingt ans. Bien qu’elles aient parfaitement pu nous convenir à cet âge, ce n’est maintenant plus le cas. (…)La fin de la vingtaine nous réserve une autre surprise : la volonté et l’intelligence ne peuvent venir à bout de tous les obstacles contrairement à ce que nous pensions. ( « Les expériences subjectives importantes révèlent aux gens que la vie est beaucoup plus difficile et pénible qu’on ne le croyait à vingt ans. » Gould ) La vie devient plus compliquée en effet, mais c’est de cette complexité que l’on tire de nouvelles richesses. »

Ici, avec cette auteure, je me suis senti normal… dans le sens que le cœur de mon expérience personnelle se vivait au travers d’une histoire humaine universelle. Je ne sais pas si ce sentiment peux en aider d’autres, mais la solidarité de notre condition humaine m’a soutenu dans mon drame… qui devenait de moins en moins menaçant. Jadis, ma compagne avait dit justement, devant ses craintes compréhensibles de l’accouchement : «Des millions de femmes ont vécu la même expérience, je devrais être capable moi-aussi ».

 

Dire NON au remous intérieur

(Milieu août)

Aussi étrange que cela puisse paraître pour un livre qui veut bien discerner des aides sur son chemin, je m’empresse de situer ces aides à la remorque d’une décision personnelle, intime. Je parle de l’importance de dire NON personnellement au remous intérieur parce que, fondamentalement, nous sommes seuls. Cette certitude a justement motivé le début de ce livre au cœur de mon expérience. Je revenais de passer une soirée chez mon ami aidant et je prenais conscience de certaines réflexions partagées plus haut. Tout en appréciant ce moment de repos intérieur, je savais que d’autres vents violents m’attendaient ; je me sentais encore fragile.

Comment situer l’importance d’un ami, d’une aide thérapeutique pour sortir d’un remous intime en relation avec notre souveraineté intérieure ? Cette interrogation concerne le geste premier, l’enfantement initial de toutes actions, le premier responsable de la vie individuelle : l’individu. Paradoxe que la vie individuelle : je suis né de l’union de deux êtres, mais je suis unique, entendre seul. Étrangement, mes propres gênes génèrent un besoin d’amour et mon organisme ne peut y répondre seul. Par contre, je suis le seul capable de me mettre en marche pour recevoir cet amour, pour m’ouvrir à l’amour. Il m’apparaît clair que la maturité humaine passe par la capacité de développer des comportements personnels pour donner et recevoir de l’amour. J’y vois la clé maîtresse ouvrant la porte de la guérison intérieure. Pour certaines personnes blessées dans leur enfance, c’est sûrement plus difficile… mais qui a dit que la vie est facile ?

4

Se connecter à son corps et à la nature

À l’été 1996, un de mes oncles désirait vendre un magnifique terrain près d’un parc provincial. J’ai sollicité la permission d’utiliser son terrain jusqu’à ce qu’il soit vendu. Ma demande fut acceptée. Puis, comme le terrain n’a pas trouvé preneur, j’ai profité de cet endroit merveilleux pendant tout l’été.

Un large ruisseau traverse le terrain. Cette superbe eau provient directement du lac situé dans le parc provincial en question. Jouer dans ce ruisseau à refaire une digue, aménager un « bain tourbillon naturel » ou me faire sécher au soleil a bien complété ma démarche thérapeutique. Chaque jour, je m’y rendais pour un quasi pèlerinage. Il y avait un chalet délabré avec tout de même des toilettes fonctionnelles. De plus, j’ai aménagé un feu extérieur avec des briques pour mes repas. Les deux pieds dans l’eau, faire des feux, simplement marcher à la belle étoile ont été des moments de repos dans mon tourment intérieur. Bien sûr, revenu chez-moi, je me sentais toujours emporté par un courant menaçant, mais les beaux moments frais à ma mémoire faisaient un contrepoids positif.

Un jour où je furetais avec mon appareil photo dans une petite clairière, je fus attiré par un bruit. Un cerf de virginie avançait dans ma direction. Comme j’étais immobile et que le vent soufflait dans ma direction, il ne me détecta pas. Je pris des photos jusqu’à ce qu’il soit à moins de deux mètres de moi. Ma dernière photo montre justement ce bel animal en train de fixer mon appareil qui venait de trahir ma présence par le déclic précédent.

Plus avant, en parlant de l’importance d’un ami aidant, j’ai raconté comment je me suis traîné les pieds pour aller m’inscrire à des séances de conditionnement physique. Suer en m’entraînant, être courbaturé après les exercices ou après avoir déplacé des roches dans le ruisseau, prendre une bonne douche ou me jeter à l’eau laissaient mon corps me dire qu’il existait. Je crois que le tourment intérieur, mental, accapare tellement notre attention qu’il laisse entendre qu’il n’y a que le mental qui existe. C’est comme si l’on vit dans sa tête, coupé de la réalité sensuelle qui nous entoure. Il est impératif de donner la chance à notre corps de faire sentir sa présence. Cela crée un certain équilibre; cela contribue à nous unifier un peu.

Dans ce sens, je fis appel à un massothérapeute pour approfondir cette unification. Bien que l’idée m’avait plusieurs fois traversé l’esprit, je n’avais jamais fait appel à ce service. J’ai choisi un massothérapeute membre d’une corporation professionnelle et infirmier. Je ne voulais pas «spiritualiser» mon corps par une quelconque approche énergétique des chackras ou je-ne-sais-quoi d’éthéré de plus en plus à la mode chez certains massothérapeutes. Et, je fus bien servi. Chaque séance me connectait avec le langage de mon corps ; j’apprivoisais mes zones de tension en relation avec mon expérience difficile de séparation. À l’image des bienfaits contenus dans l’identification exacte des mots qui révèlent une émotion précise, identifier les maux de mon corps était une première étape pour réduire un peu ce stress corporel. Cette identification me redonnait un peu de pouvoir sur moi-même parce qu’elle me permettait d’envisager d’autres comportements possibles pour améliorer ma situation.

 

5

Pardonner de tout son cœur

Il manquait un morceau de casse-tête dans le tableau de ma guérison intérieure. Jusqu’à maintenant, j’étais l’objet de recherche et le sujet en recherche. Ici, entre un autre élément : l’autre. Non pas dans le sens d’une aide, mais l’autre qui est souvent au centre de mon conflit. Seulement penser à cet autre peut stimuler à nouveau le remous tant redouté. Comment prendre une distance émotive par rapport au souvenir de l’autre au cœur de ma détresse lorsque je sais que ma pensée ne peut oublier les derniers événements, ne peut nier les choix de l’autre ? Jean Monbourquette propose une démarche par étape pour enlever cette charge émotive blessante dans son livre Comment pardonner[xi].

« Plus je voulais pardonner, moins j’y réussissais. Je m’enfonçais dans un marais d’émotions où se mêlaient peur, culpabilité et colère. (…) Je compris alors combien j’étais encore novice dans l’art de pardonner malgré mes longues années de formation religieuse, philosophique, théologique et pastorale. »

En fait, le manque de pardon nuit plus à la personne elle-même qu’à celle qui est l’objet de rancune.

« Bien des gens souffrent de vivre dans un constant ressentiment. Prenons seulement la cas des personnes divorcées. Des études récentes sur les effets à long terme du divorce ont montré qu’un grand nombre d’époux divorcés, et spécialement les femmes, continuent de nourrir beaucoup de ressentiment à l’égard de leur ex-conjoint, même après quinze années de séparation. Dans mon expérience clinique, j’ai souvent l’occasion de constater que certaines réactions émotives démesurées ne sont que la réactivation d’une blessure du passé, mal guérie. Or, vivre fâché, même inconsciemment, demande beaucoup d’énergie et entretient un stress constant. On comprendra mieux ce qui se passe si on garde à l’esprit la différence entre le ressentiment, qui engendre le stress, et la colère, qui ne le fait pas. Alors que la colère est une émotion saine en soi qui disparaît une fois exprimée, le ressentiment et l’hostilité s’installent à demeure comme attitude de défense toujours en éveil contre toute attaque réelle ou imaginaire. (…) Le ressentiment, cette colère déguisée qui suppure d’une blessure mal guérie, a aussi d’autres effets nuisibles. Il est à l’origine de plusieurs maladies psychosomatiques. Le stress créé par le ressentiment s’attaque éventuellement au système immunitaire. »

 

J’ai donc fait la démarche proposée par Jean Monbourquette. Un petit indice, sous forme de question, pour vous rendre compte si votre pardon est réel dans une situation de séparation. Est-ce que je m’approprie l’héritage de l’ex-conjoint ou ex-conjointe ? Dans les faits, lorsqu’une personne a vécu ce pardon, il reconnaîtra honnêtement l’apport positif de l’autre pendant les années de vie commune ; il ne sentira pas le besoin de rabaisser l’autre parent devant ses enfants; les enfants se sentiront libre de parler des beaux moments passés en famille ; etc..

Je vous raconte une petite anecdote pour illustrer que le manque de pardon peut conduire à la haine et peut vouloir détruire l’autre.

Je traverse une rue achalandée à quatre voies. Au milieu de la chaussée, il me vient un flash : je pense aux automobiles qui circulent devant moi et je me dis que ma vie est vraiment fragile, il ne suffirait qu’une personne braquant ses roues légèrement pour que je sois envoyé dans les airs… jusqu’au ciel. Là, je me dis, en traversant finalement la rue en toute sécurité, que le Seigneur me rappelle peut-être à mettre de l’ordre dans ma vie avant de faire le grand saut – petit jeu de mot.

Ce flash dont je parle est semblable à celui où on se rappelle soudainement avoir laissé ses clefs dans l’auto ou oublié son rendez-vous chez le dentiste, pendant que l’on est absorbé par une occupation quelconque, ordinaire : manger, tondre la pelouse, faire la vaisselle ou, pour certains qui devraient suivre des sessions de renouveau conjugal, faire l’amour. Quels gestes ou paroles ont suscité ce rappel ? Quelle neurone s’est mise en marche pour allumer une petite lumière sur l’oubli en question ? Le lien n’est pas toujours facile à faire. Bref, des fois nous sommes quasiment surpris par une autre voix que la nôtre, du moins, celle de notre discours conscient. Tout ce détour en traversant la rue pour mieux exprimer mon anecdote, car l’histoire étrange se continue…

Je me rends de ce pas à un arrêt d’autobus. J’entre dans l’abri vitré et regarde en direction de la circulation. À cet instant, une personne passe devant l’abri en marchant d’un pas décidé. Elle me semble nerveuse, stressée. Tout à coup, toujours en la voyant s’éloigner, je reconnais quelqu’un qui vit des difficultés d’ordre mental. Plus particulièrement, cette personne m’a déjà clairement communiqué sa haine à mon égard pour des raisons que je ne développerai pas. À l’instant où je me demandais seulement si son état psychologique s’était amélioré, un autre flash traversa mes neurones. Je fis la déduction, plus vite que l’éclair, que cette personne m’avait aperçu, quelques minutes auparavant, lorsque je me trouvais au milieu de la chaussée. Je ne peux que conclure – irrationnellement – que le flash précédent de me voir écraser par une automobile a trouvé sa source dans le regard de haine de cette personne qui me voyait traverser la rue. A-t-elle souhaité silencieusement que je me fasse frapper ?

Par l’exemple de cette personne, j’ai comme touché du doigt le mal. Dès mon adolescence, j’ai associé ces petites manifestations du mal aux grands maux de l’humanité. Par exemple, je vois un lien direct entre la haine et certaines maladies mentales. Il m’apparaît évident que certaines manifestations du mal trouvent leurs sources dans des sentiments d’animosité et dans des pensées obscures produisant un déséquilibre mental. La théorie de la suprématie de la race blanche ou la guerre entre tribus africaines sont du même ordre. De plus, même si nos petites rancunes ne nous poussent pas à des meurtres, la dynamique malsaine est semblable. Et, je pense que nous en sommes les premières victimes. Quelqu’un qui croit cela reste sur le qui-vive pour ne pas entretenir de la rancune. En fait, elle préserve sa propre santé mentale…

 

6

Conclusion

 J’ai déjà noté avoir passé par une période difficile – moins intense que ma séparation – par la perte de mon emploi. Il faut dire que cet emploi avait nécessité un déménagement à Montréal, à 200 kilomètres de mon coin natal; ma petite famille avait suivi avec les déracinements inévitables. Maintenant, il fallait faire machine arrière.

Je ne m’attends pas à ce que le livre de Scott Peck[xii] produise le même effet sur vous. Simplement, j’étais prêt à le recevoir; je devais entretenir l’illusion, si chère à nos sociétés modernes, que la vie est facile avec un statut social enviable, de l’argent ou une sexualité active. Finalement, j’ai dévoré tout ce livre; j’y ai trouvé une première ébauche de sens à la vie:

« Pourtant, c’est dans ce processus de confrontation aux problèmes, et leur résolution, que la vie trouve sa signification. Ils sont la ligne de démarcation entre la réussite et l’échec. Ils font appel à notre courage et à notre sagesse; on peut même dire qu’ils la créent. Et c’est grâce à eux que nous évoluons, mentalement et spirituellement. Lorsque nous voulons encourager le développement de l’esprit humain, nous mettons au défi la capacité qu’à l’homme à résoudre des problèmes, tout comme à l’école nous en créons tout spécialement pour nos enfants. Et c’est à travers la douleur que représente la confrontation aux problèmes et notre capacité à les résoudre que nous évoluons, que nous apprenons.

(…)
Inculquons donc à nous-mêmes et à nos enfants les moyens d’atteindre la santé mentale et spirituelle. Par cela, je veux dire qu’il nous faut apprendre – et enseigner à nos enfants – l’importance de la souffrance et sa valeur, la nécessité de faire face aux problèmes et de faire l’expérience de la douleur que cela implique. J’ai dit que la discipline est l’outil de base dont nous disposons pour résoudre les difficultés de la vie. C’est en fait la manière d’apprendre à affronter les problèmes et à les résoudre avec succès, pour s’enrichir et évoluer. »

Puis, l’auteur développe concrètement des outils pour se discipliner face à nos problèmes :

« Quel est cet outil, ce moyen d’appréhender la douleur de manière constructive, et que j’appelle la discipline? En fait, il est multiple et se subdivise en quatre «techniques» de souffrance: retarder la satisfaction, accepter la responsabilité, se consacrer à la vérité, et trouver l’équilibre. Nous le verrons, ces techniques ne sont pas très compliquées et leur pratique ne demande pas un entraînement intensif. Au contraire: les jeunes enfants savent en général les utiliser dès l’âge de dix ans. Pourtant, les présidents et les rois oublient souvent de s’en servir, à leurs dépens. Le problème ne réside pas dans la difficulté d’utilisation de ces techniques, mais plutôt dans la volonté de s’en servir, parce qu’elles impliquent de faire face à la souffrance au lieu de l’éviter. Après avoir examiné chacune d’entre elles, nous nous pencherons, dans la deuxième partie, sur ce qui nous décide à les utiliser, c’est-à-dire l’amour. »

J’ai fait face à la souffrance contenu dans ma séparation de couple. Cette expérience m’a fait évolué humainement et spirituellement. Par ces rêves, cette amitié, cette aide professionnelle, ces lectures, je me suis donné un programme aidant pour ne pas être englouti par une expérience difficile. De plus, je sens que l’apprentissage acquis me sert maintenant dans ma vie de tous les jours. Le cœur de ma démarche n’est pas mon expérience personnelle qui ne peut pas être signifiante pour tous. Plutôt, l’important c’est l’ouverture aux différentes formes d’aides qui se trouvent sur nos chemins respectifs. Ce témoignage se veut un hymne à l’amour, un encouragement à s’ouvrir aux différents visages que prend l’Amour sur notre chemin.

 

DEUXIÈME PARTIE

7

Cheminement spirituel

 J’attendais d’être rendu dans cette deuxième partie de mon livre pour révéler le sens spirituel de ma démarche. Je voulais que le plus grand nombre de personnes profitent de mes réflexions sans en éloigner par une approche trop spirituelle. Pour ma part, je suis déjà heureux si la première partie de mon témoignage en a aidé certains.

À seize ans, mon fils me manifesta clairement qu’il voulait juger lui-même de ses comportements en ce qui concerne les sujets qui préoccupent tant de parents d’adolescents et d’adolescentes : les heures de rentrée, la vie sexuelle et la consommation de drogue. Devant tant de maturité à exprimer son point de vue, sa mère et moi avions décidé de laisser notre fils assumer plus de responsabilités pour sa vie personnelle. Par la suite, bien que notre fils ne tomba pas dans des excès, je devenais de plus en plus agressif lorsque nous nous confrontions sur ses décisions personnelles versus mes responsabilités de parent. Bien sûr, il manqua souvent de tact dans ses revendications et cela embrouilla notre relation. En tant que professionnel travaillant avec des adolescents, je jouis d’une bonne réputation de complicité avec les jeunes. Par contre, dans cette période de négociation, je perdais tous mes moyens. Tellement que ma conjointe et moi avons convenu que je n’interviendrai plus au sujet de la discipline de mon fils pour un certain temps. Un soir, je me suis couché dans cet état d’esprit, triste et bouleversé. J’ai offert à Dieu mon désarroi et lui ai demandé de me guider dans cette tempête. M’étant assoupi, je me suis réveillé en sursaut, comme cela arrive dans un demi-sommeil. À ce moment, j’ai partagé à ma compagne de l’époque une image qui collait à ma mémoire : je me voyais comme un poupon. En essayant de me rendormir, je fis un rapprochement entre ma prière et l’image du poupon. Alors, l’évidence me toucha et je pleurais doucement, habité d’une grande paix. J’expliquai à ma compagne que l’image qui a surgi à mon brusque réveil était la réponse à ma prière. En effet, j’ai perdu mon père dans un accident de la route lorsque j’avais à peine sept mois. Et je ne me souviens pas d’avoir pleuré sa perte. L’enfant en moi pleurait le deuil de son père. La perte de mon père, cette blessure jamais guérie refaisait inconsciemment surface dans mes relations tendues avec mon propre fils. Mes tensions provenaient du fait que j’étais fâché que mon fils n’apprécie pas qu’il avait un père – selon mon point de vue. Je me disais que si j’avais un père, je prendrais plus en considération ses opinions. Depuis cette expérience, mon attitude envers mon grand adolescent a radicalement changé et j’ai pu assumer pleinement mon rôle de père dans les moments de tendresse et dans les périodes plus difficiles.

Au début de mon témoignage, j’ai parlé du rêve où j’étais collé à une fenêtre et comment cela m’a permis d’identifier une autre facette de cette blessure non guérie du décès de mon père alors que j’avais à peine sept mois. Ici, ce n’était pas la qualité de la relation père-fils qui était en jeu, mais le sentiment d’être abandonné par l’être aimé, ne plus recevoir l’amour de l’être signifiant. Puis, j’ai ressenti le besoin d’écrire une lettre à mon père absent. Je lui ai décris mes émotions et je lui ai dis que je regrettais de ne pas avoir eu de père pour lui dire : Je t’aime. Là, à 40 ans, j’écrivais à mon père décédé : Je t’aime ; Je t’aime ; Je t’aime, des dizaines de fois pour toutes les fois où je n’ai pu le lui dire. Je sais que je venais d’activer à nouveau le processus de guérison de cette blessure inconsciente, rendue à ma conscience par un rêve.

 

Fin septembre

En fait, j’ai vécu ce processus de guérison en trois étapes. Voici la dernière. Vers la fin de mes trois mois d’attente de ma compagne, une image a surgi en moi pendant ma prière quotidienne. Cette image avait une charge émotive intense, car elle faisait le pont entre mon cheminement humain et ma foi.

Je suis dans un berceau. Je sens une présence s’approcher de moi, un regard bienveillant se poser sur moi. En fait, je ne vois personne. Je sais que ce n’est pas un de mes parents. C’est une présence qui englobe ma chambre, ma maison, le ciel ; c’est Dieu dans sa manifestation de Père, c’est mon Père spirituel, Papa. Puis, je me rappelle ces passages bibliques qui me parlent du père :

« Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils, lequel crie: Abba! Père! »[xiii]

« Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui est aux cieux! Que ton nom soit sanctifié (…) »[xiv]

Je crois que l’Esprit-Saint s’est manifesté en empruntant mes images mentales pour me révéler un blocage psychologique. Ce résultat salutaire peut aussi se vivre avec un professionnel de la relation d’aide qui joue le rôle d’un miroir de nos propres pensées et émotions. Par contre, je pense que l’Esprit-Saint nous offre de vivre un transfert intérieur face à Dieu le Père. Je crois que la foi complète l’identification de la blessure par l’opération spirituelle « à cœur ouvert » à l’amour de Dieu.

Françoise Dolto, dans son livre L’évangile au risque de la psychanalyse[xv], a débroussaillé le terrain des similitudes entre psychologie et foi :

« Ce que je lis dans les évangiles, en tant que formée par la psychanalyse, me paraît être la confirmation, l’illustration de cette dynamique vivante à l’oeuvre dans le psychisme humain et sa force qui vient de l’inconscient, là où le désir prend source, d’où il part à la recherche de ce qui lui manque.

(…)
La lecture des évangiles, je le répète, produit d’abord un choc en ma subjectivité, puis, au contact de ces textes, je découvre que Jésus enseigne le désir et y entraîne. Je découvre que ces textes de deux milles ans ne sont pas en contradiction avec l’inconscient des hommes d’aujourd’hui. Je découvre que ces textes illustrent, et éclairent les lois de l’inconscient découvertes au siècle dernier.»

Dieu s’est manifesté dans ma vie par son Esprit guérisseur de mon psychisme en relation avec la présence même du Père éternel. Évidemment, on peut créditer cette puissance à notre propre inconscient ou, à la limite, à une Énergie diffuse. Scott Peck[xvi], lui, y reconnaît l’amour. Il s’aventure dans le domaine de la spiritualité par le biais de la force de l’amour. S’ensuivent différentes nuances de l’amour où l’amour véritable se défini comme une forme de travail et de courage. Finalement, se pointe à l’horizon de son livre, la conscience d’être assisté par une force d’amour qu’il nomme la grâce :
« Que devons-nous faire, nous les sceptiques à l’esprit scientifique, devant cette force? Nous ne pouvons pas la toucher ni la mesurer. Pourtant, elle existe. Devons-nous porter des oeillères et la refuser parce qu’elle ne cadre pas avec les concepts de la science traditionnelle? Cela paraît bien périlleux. Je ne pense pas que nous puissions espérer une totale compréhension du cosmos, et donc de la nature humaine elle-même, sans prendre en considération la phénomène de la grâce. Nous ne pouvons même pas situer cette force. Nous savons seulement qu’elle ne réside pas dans la conscience humaine. Alors, où se trouve-t-elle? Certains des phénomènes que nous avons abordés, tels que les rêves, laissent supposer qu’elle peut résider dans l’inconscient. Mais d’autres phénomènes, tels que la synchronicité et les heureux hasards, laissent à penser que cette force est aussi hors des limites des individus. Ce n’est pas seulement parce que nous sommes des scientifiques que nous ne parvenons pas à situer la grâce. Les croyants qui, bien sûr, attribuent à Dieu les origines de la grâce, pensant que c’est véritablement l’amour de Dieu, ont eu, à travers les temps, des difficultés à localiser Dieu. »

Un ami me faisait remarqué qu’il ne rêvait pas ou qu’il ne se souvenait jamais de ses rêves. Justement pour ne pas réduire Dieu à notre inconscient qui nous parle par nos rêves, je raconte à l’instant une autre forme de ses communications, pourvue que l’on soit à l’écoute. En fait, c’est tellement un fait banal que je pourrais me faire taxer de voir Dieu partout… Oui ! C’est effectivement le cas.

Mon fils commence à marcher. Nous sommes à la table et il vient vers sa mère et moi avec un verre de vin vide qu’il a ramassé dans le salon. Nous le voyons échapper le verre qui se casse devant lui. Le pied du verre se dresse menaçant sur son chemin. À cet instant, tous les deux nous percevons le danger, mais nous avons un moment d’hésitation en pensant que l’autre interviendra. En fait, la lecture de mon journal me distrayait et quelque bricole attirait l’attention de ma compagne. Notre fils trébucha au même moment et tomba le visage à quelques pouces du pied de verre menaçant. Nous nous levâmes précipitamment pour relever notre fils et ramasser les dégâts.

Personnellement, cet événement fut déterminant pour changer un trait de ma personnalité. En effet, souvent je justifiais une certaine passivité en me fiant sur l’action des autres pour changer les choses. Dans certaines circonstances, je ne prenais pas mes responsabilités.

Qu’est-ce que Dieu vient faire dans une anecdote de ce genre ? Je ne le vois pas dans l’événement en tant que tel, plutôt dans l’insistance de la leçon de vie qui a trotté dans ma tête plusieurs jours durant et qui a été si marquant pour moi. Encore ici, je crois que l’Esprit-Saint s’est manifesté en stimulant ma capacité de réfléchir sur mon expérience. Ma part était de m’ouvrir à l’enseignement contenu dans la vie qui se déroule. Comme le soleil, la lune, les saisons peuvent me révéler un génie créateur et produire en moi un sentiment d’extase devant la complexité de cette œuvre, la nature peut aussi m’apparaître un ensemble d’objets distants sans aucune résonance mystique dans ma vie.

Dans le cadre de ma profession en enseignement religieux, je procède toujours à une petite mise en situation pour illustrer une démarche d’ouverture à la dimension cachée de la création. Pendant un cours habituel, je m’arrête sec et je dis à mes élèves d’écouter les voix que j’entends. Évidemment, quelque uns se marrent à mon compte. J’insiste pour qu’ils écoutent les voix et même la musique. Après m’être amusé d’être le dindon de leurs farces, je leur déclare que je peux prouver scientifiquement ce que j’affirme. Même que l’expérience que je vais faire pourra être répétée par tous ceux qui doutent de moi. Puis, j’affirme que tous, sans exception seront d’accord avec mon point de vue après mon expérience. Je laisse toujours quelques instants et immanquablement un petit ou une petite futée trouve la réponse : les ondes radios. Alors, je sors une radio portative et je leur fais entendre quelques postes de radio. L’expérience prouve que la pièce est pleine de voix et de musique sous forme d’ondes radio qui ne peuvent être captées que par celui qui a l’appareil adéquat. En conclusion, je les invite à ouvrir les antennes de leur cœur pour percevoir la symphonie du créateur présent partout, dans toute la création.

Dans ce sens, l’apôtre Paul avait raison de dire :

« En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil nu, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables. »[xvii]

Le chemin de l’émerveillement passe par les yeux de l’enfant en nous. Une douce invitation nous est lancé par Jésus :

« On lui amena des petits enfants, afin qu’il les touche. Mais les disciples reprirent ceux qui les amenaient. Jésus, voyant cela, fut indigné, et leur dit: Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent. »[xviii]

 

8

Résurrection

J’ai l’impression d’avoir vécu la résurrection au travers de l’événement de mort contenu dans ma séparation. Je me sens littéralement revenu à la vie. J’ai consolidé mon autonomie affective. Certes, je m’attends à vivre des émotions douloureuses, dans l’éventualité que je vive une autre séparation avec une éventuelle conjointe, mais pas au point de vivre une crise aiguë psychique, pas au point de me sentir emporter par un gouffre intérieur. Ici, tout est personnel. C’est moi qui interprète mon vécu. Je ne peux en tirer une règle universelle. Par contre, je sais que je rejoins une réalité humaine incontournable et un fondement chrétien essentiel : le passage de la naissance à la mort (humanité) et le passage de la mort à la Vie (Pâques).

Le psalmiste[xix] célèbre avec moi Celui qui m’a délivré de mon «ennemi», mon remous intérieur .

« Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur! Mon Dieu, mon rocher, où je

trouve un abri! Mon bouclier, la force qui me sauve, ma haute retraite! Je m’écrie: Loué

soit l’Éternel! Et je suis délivré de mes ennemis.

Les liens de la mort m’avaient environné ;

Et les torrents de la destruction m’avaient épouvanté; Les liens du séjour des morts

m’avaient enlacé ;

Les filets de la mort m’avaient surpris. Dans ma détresse, j’ai invoqué l’Éternel ; J’ai crié

à mon Dieu ;

De son palais, il a entendu ma voix ;

Et mon cri est parvenu devant lui à ses oreilles.

Il étendit sa main d’en haut, il me saisit, Il me retira des grandes eaux;

Il me délivra de mon adversaire puissant,

De mes ennemis qui étaient plus forts que moi.

Ils m’avaient surpris au jour de ma détresse ;

Mais l’Éternel fut mon appui. Il m’a mis au large, Il m’a sauvé, parce qu’il m’aime.»


 

 

[i] PECK Scott. Le chemin le moins fréquenté, Éditions Robert Lafont, 1987 (C:1978).

[ii] VADEBONCOEUR Pierre, Les deux Royaumes, Éd. de l’Hexagone, 1978.

[iii] Dolto Françoise, L’Évangile au risque de la psychanalyse. Éditions France-Amérique, 1979 (c: 1977).

[iv] Idem.

[v] LIMOGES Jacques, S’entraider, Éd. De l’Homme, 1991.

[vi] GLASSER William, La thérapie par le réel, Éditions EPI, 1971.

[vii] GLASSER William, États d’esprit, Éd. Le jour, 1982.

[viii] GLASSER William, Vivre ensemble, Éd. Logiques, 1996.

[ix] VIORST Judith, Les renoncements nécessaires, Robert Lafont, 1986.

[x] SHEEHY Gail, Les passages de la vie, Édition de Mortagne, c.1982 (édition anglaise c:1974).

[xi] MONBOURQUETTE Jean, Comment pardonner, Novalis, 1992.

[xii] Idem.

[xiii] Galates chapitre 4 verset 6

[xiv] Matthieu chapitre 6 verset 9

[xv] Idem

[xvi] Idem

[xvii] Romains chapitre 1 verset 20

[xviii] Matthieu chapitre 19 versets 13 et 14

[xix] Psaume 18


 

 

Je trouve révélateur qu’aujourd’hui plusieurs psychiatres redisent dans un langage familier certaines vérités chrétiennes sur l’amour et que ces livres atteignent une grande popularité. Dans la lignée de Françoise Dolto[iii] qui nous a redit que Jésus appelle au désir… au désir d’être, les vérités de la vie abordées par Scott Peck ne nous emprisonnent pas dans un carcan moraliste, plutôt elles nous entraînent dans la seule aventure digne d’être vécue : notre propre évolution humaine et spirituelle.

Il me semble que la plus grande qualité de ce livre est de rendre contemporaine la notion de la grâce qui devient force de santé physique et psychique, imagerie bienveillante parmi nos rêves et événement bienfaiteur sur notre chemin… Dans ce sens, j’ose prétendre à une suite, à l’approfondissement de cette idée de grâce bienveillante par le témoignage de l’action de cette grâce dans ma vie.


TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION

PREMIÈRE PARTIE

1    Être attentif aux rêves aidants

  • Rêves et conscience (avant l’été 1996)
  • Rêves et croissance personnelle (juillet et août 1996)

2    Amitié aidante et relation d’aide professionnelle (fin août et septembre 1996)

3    Méditer des livres aidants

  • William Glasser
  • Judith Viorst
  • Gail Sheehy
  • Dire NON au remous intérieur (milieu août 1996)

4    Se connecter à son corps et à la nature (été 1996)

5    Pardonner de tout son coeur

6    Conclusion
DEUXIÈME PARTIE

7    Cheminement spirituel (fin septembre 1996)

8    Résurrection (juin 1998)

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